Bookfighting Club

Une séance au club : le président convoque les membres ainsi que le maître de cérémonie autour d’un thème convenu à l'avance. La séance s’effectue en deux temps qui peuvent être librement intervertis et que l’on conviendra de nommer : l’un Salon, pour la causerie, et l’autre Combat, pour la bagarre. Au gré de l’humeur du moment et des intervenants, on choisira donc de débuter une séance par l’un ou l’autre et de terminer de même.
Quant aux armes, les livres de combat, on fera feu de tout ouvrage en rapport avec le thème.
Plus radicalement, avec ou sans thème, on s’orientera vers l’utilisation exclusive du Livre du combat de livres* dans un souci constant de raffinement et de conceptualisation de la pratique.

The Bookfighting Book, extrait
Éditions HYX

* The Bookfighting Book

CLUB :

subst. masc. Étymol. et Hist. 1702 « groupement, association (en Angleterre) » (G. Miège, État present d’Angleterre, I, 273 ds Bonn., p. 29), encore rare au XVIII e s. pour désigner des groupements en France; 1724-31 Club de l’Entresol (ds Mack., p. 114) et 1774 (Beaumarchais, OEuvres, éd. Gudin, IV, 487 ds Gohin, p. 328). Angl. club au sens de « association, groupement de personnes » attesté dep. le XVII e s. (NED) et qui reste difficile à expliquer à partir du premier sens « gros bâton » de l’angl. club : on suppose que le sens de « groupe de personnes » est né de celui de « masse, agrégat » (1450 ds MED cf. aussi ds NED le verbe (to) club qui est attesté dep. le XVII e s. au sens de « mettre ensemble, agréger, regrouper », d’où « mettre en association, grouper en un club »), qui semble résulter de la comparaison avec la masse d’un gourdin ou d’une massue.

The Bookfighting Book, extrait, éditions HYX
Source : CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) 


Matrix

Le Bookfighting comme matrice de lecture et d'écriture. Toute la littérature mondiale est parsemée de combats, de guerres, de violence et de mort. À croire que l'écriture a été inventée pour ça !
Les mots sont des armes, percent, criblent, piquent, fusent, volent et atteignent finalement leur cible, en l’occurrence un lecteur paisiblement installé dans un fauteuil club, sur le point de s'assoupir, bercé du doux murmure des guerres picrocholines :

« Lors d’un coup luy tranchit la teste, luy coupant le test sus les os petreux, et enlevant les deux os bregmatis et la commissure sagittale avecques grande partie de l’os coronal, ce que faisant luy tranchit les deux meminges et ouvrit profondement les deux posterieurs ventricules du cerveau ; et demoura le craine pendant sus les espaules à la peau du pericrane par darriere, en forme d’un bonnet doctoral, noir par dessus, rouge par dedans. Ainsi tomba roidde mort en terre. »
 
François Rabelais, Gargantua, chapitre XLII


Bouvard VS Pécuchet

Attablés dans un café populaire du centre-ville, toujours le même, ils commentaient doctement les événements récents et la marche du monde, plus ou moins incertaine selon eux. Mais toujours ce doute qui les tenaillait depuis de longues années, et cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête, aussi tranchante que leur propre jugement sur la bêtise des hommes. Alors un beau jour, au détour d’une rue, ils tombèrent sur une affichette annonçant un combat, non pas celui qu’ils auraient pu imaginer pour refaire le monde, en mieux, mais le leur, celui où, enfin, ils pourraient régler leurs comptes.
Plus tard (même café, même table), l'un des deux raconta que s’il lui avait fallu choisir, il aurait préféré être Pécuchet, non par attirance pour le personnage mais parce que le nom était plus drôle voire franchement ridicule. C’est ainsi qu’il laissa son comparse être Bouvard. Les rôles étant parfaitement distribués, le combat n’en aurait que plus de relief. Ils s’y voyaient déjà, se figuraient la force de leurs coups, commençaient à ressentir une hargne mutuelle…

Le récit est inachevé, l'auteur a laissé des notes afin de préparer la suite : avant le combat, ils se documentent, cherchent des récits, légendaires ou autres, relatant des combats livresques, ne trouvent rien, demandent à quelques érudits autour d’eux, sans succès, élaborent leurs propres règles, s’entraînent dans un appentis chez un voisin un peu étonné de leur requête, puis vient le jour du combat tant attendu… 



Universitas

Le Bookfighting est pratiqué dans les plus grandes universités du monde avec assiduité et ferveur, au point qu’on a pu dire qu’il est par excellence le sport de l’élite intellectuelle. Harvard, Cambridge et Oxford entre autres ont su mettre en valeur la pratique du combat de livres. Rien d’étonnant donc à ce que les grands champions actuels proviennent de ces établissements.

Dans les universités américaines, il aurait même détrôné le basket et le football considérés désormais comme primaires et manquant de référents culturels.

Pour l’acquisition des grades les plus élevés dans la pratique universitaire, les joueurs sont préalablement évalués sur leurs connaissances générales. Il en va ainsi de la manipulation des ouvrages qui sont lus et commentés avant que d’être lancés sur l’adversaire.

The Bookfighting Book, extrait
Éditions HYX

Folie

Puisque le bon sens tient à l'expérience, l'honneur en doit-il revenir au sage qui n'entreprend rien, tant par modestie que par timidité de caractère, ou au fou qui est exempt de modestie et ne saurait être timide, puisque le danger n'est pas connu de lui ? Le sage se réfugie dans les livres des Anciens et n'y apprend que de froides abstractions; le fou, en abordant les réalités et les périls, acquiert à mon avis le vrai bon sens. Homère l'a bien vu, malgré sa cécité, lorsqu'il a dit : « Le fou s'instruit à mes dépens. »


Érasme, Éloge de la Folie, XXIX
Homère, Iliade, XVII, 32

Lecture

La lecture des ouvrages promis au combat est autorisée sinon recommandée dans le temps du jeu, mais reste soumise à l’approbation du public et de l’arbitre. La lecture par l’un, au moins, des combattants entraîne systématiquement l’arrêt du combat. Attaquer l’adversaire lorsqu’il est requis par cet exercice constitue une faute grave qui doit être sanctionnée.
L’arbitre peut mettre fin à l’épisode de lecture lorsqu’il considère qu’il entrave le cours du jeu et nuit au bon déroulement d’une partie. La reprise est alors immédiate.
Il peut arriver que les deux combattants se mettent à lire de concert, au début ou en cours de partie. Si l’arbitre et le public y consentent, alors le combat cesse pour faire place à une séance de lecture. La partie est déclarée nulle.


The Bookfighting Book, extrait
Éditions HYX